Témoignage

Elsa Baronnet : choisir un métier au cœur des enjeux énergétiques

À chaque remise des diplômes, le parcours des diplômés fascine. Ils ont déjà voyagé, parlé des langues étrangères, choisi une grande cause, et se passionnent pour des domaines scientifiques pointus. Elsa Baronnet ne fait pas exception à la règle. De Lyon à Marseille, la mécanique ne l’a jamais quittée. Aujourd’hui, cette jeune professionnelle a déjà construit un parcours cohérent qui lui permet d’être ingénieure en sûreté nucléaire chez EDF. Elsa revient sur ses années à Centrale, là où elle a tracé la route pour l’Amérique du sud, enfilé sa blouse de labo et ses premières palmes.
Portrait Elsa Baronnet

Quels sont, selon vous, les atouts de Centrale Méditerranée ?

La formation est généraliste, ce qui permet de pousser toutes les portes. Au-delà de la qualité académique, la renommée du diplôme offre de solides perspectives de carrière. La vie associative, la possibilité de faire une césure et la diversité des enseignements proposés sont également de vrais atouts.

Quels choix ont été déterminants dans votre parcours à l’école ?

Le choix de l’alternance est à considérer avec attention dès l’entrée à Centrale. Pour ma part, j’avais besoin de temps pour confirmer mes aspirations. J’ai pu arrêter mes choix en deuxième année. La formation laisse cette souplesse.

En deuxième année, j’ai donc acté pour l’option mécanique. C’est un choix fondateur. J’ai suivi le parcours FETES (Fluides : énergie, transports, environnement, santé), avec les dominantes transfert thermique, dynamique des milieux continus et thermomécanique. Ce socle d’enseignements m’a apporté de solides connaissances dans l’ensemble de mes apprentissages, jusqu’à mon poste actuel.

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À Centrale, je me suis également investie dans la vie de l’école en tant que membre du pôle qualité au FOCÉEN, le plus grand forum ingénieur de la région sud-est. Cette prise de responsabilité a compté pour moi. On y apprend à coordonner, à tenir des engagements citoyens, à travailler avec des interlocuteurs variés

Dans un tout autre domaine associatif, j’étais co-responsable plongée au Massilia Défi Voile. C’est une discipline qui apprend la maîtrise de soi, la précision, la conscience du risque. J’étais enfin responsable de l’équipe de handball féminine de l’école, une expérience qui m’a appris le travail en équipe, compétence essentielle dans un métier d’ingénieur. Avec le recul, je me dis que ça résonne beaucoup avec ce que je fais aujourd’hui en sûreté nucléaire.

Ce qui vous a le plus marquée pendant vos années centraliennes ?

La césure ! L'école encourage cette option, et comme moi, de nombreux élèves la choisissent. J'ai effectué six mois de stage dans la Direction Technique d'EDF, à Lyon, sur les calculs de thermo-hydraulique.

Puis direction le Pérou (à Cusco) où j’ai réalisé des missions de volontariat avec l’association Colibri : j’accompagnais des enfants défavorisés sur les temps d’éducation populaire en proposant de l’aide aux devoirs et des ateliers pédagogiques. 

En Argentine, j’ai travaillé dans un refuge animalier à Córdoba. J’en ai évidemment profité pour améliorer mon espagnol au fil des mois.

Cette diversité d’expériences, entre industrie, engagement social et immersion culturelle a été particulièrement enrichissante. La césure m’a permis de voyager, de prendre du recul, et de tenir plusieurs engagements en même temps.
 

Cusco

En quoi le territoire marseillais a-t-il influencé votre expérience ?

Les calanques, la mer, le soleil, je viens de Lyon, et ça a joué sur mon moral tout au long de l’année, y compris pendant les partiels.

Pouvoir valider des crédits ECTS* en planche à voile ou en catamaran, c’est une réalité que peu d’écoles peuvent offrir.

Marseille, c’est aussi un écosystème industriel et scientifique que j’ai découvert au fil des années. L’école est implantée sur le technopôle de Château-Gombert et ses 8 laboratoires de recherche qui travaillent directement avec des industriels, de la recherche fondamentale jusqu’à l’innovation appliquée. Cette proximité avec le monde de l’entreprise nous permet d’avoir une formation fondée sur des cas clients et des problématiques réelles. Le fait de découvrir une autre ville que celle où j’ai grandi est également très enrichissant.

(*) Système européen de transfert et d’accumulation de crédits

Comment vos convictions ont-elles orienté votre choix de secteur ?

Trouver un métier porteur de sens et d’utilité collective est une condition essentielle. Impossible pour moi de travailler pour une entreprise qui ne correspond pas à mes valeurs. Dès la deuxième année, j’avais participé à un projet de capture de CO2 en République tchèque : cette expérience a conforté ma volonté de contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique. À mes yeux, l’énergie nucléaire s’inscrit pleinement dans cette dynamique d’énergie bas carbone. Ce qui compte aujourd’hui, c’est ce sentiment d’utilité.

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Pouvez-vous nous décrire votre poste actuel ?

Après ma césure chez EDF, j’ai poursuivi en alternance à partir de septembre 2024, en travaillant sur la simulation du comportement de réacteurs en situation accidentelle. 
Le CDI a suivi en novembre 2025. Aujourd’hui, je suis ingénieure d’études en sûreté nucléaire au sein de la Direction Technique d’EDF, qui regroupe les plus hauts niveaux d’expertise dans des domaines tels que la thermohydraulique, à Lyon.

Concrètement, mon travail consiste à simuler ce qui se passerait dans le bâtiment réacteur en cas d’accident, une brèche sur le circuit primaire ou secondaire, par exemple. Je calcule les pressions et températures pour démontrer la qualification des matériels et la tenue de l’enceinte de confinement.


J’utilise le code de calcul CATHARE (utilisé lors de la césure et de l’alternance) et aujourd’hui GOTHIC et Python pour modéliser le comportement des fluides et analyser les résultats. 
Ces études nourrissent directement les décisions prises pour garantir la sûreté des réacteurs en exploitation. Ce n’est pas un métier abstrait : derrière chaque simulation, il y a des millions de foyers alimentés. C’est une responsabilité collective très concrète.
 

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Comment voyez-vous la suite ?

Je me projette chez EDF dans les 15 prochaines années, le temps d’approfondir le domaine technique. Ensuite, j’aimerais évoluer, peut-être vers la gestion de projet ou le management.

J’ai conscience que c’est étonnant à mon âge comme réponse. On dit souvent de ma génération qu’elle est insaisissable, qu’on ne reste pas longtemps au même endroit.

Ce qui me rassure, c’est de savoir que je pourrai évoluer vers un nouveau projet comme l’hydraulique, l’éolien, les barrages, sans forcément tout quitter. Je compte néanmoins rester dans le domaine nucléaire un bon moment : c’est un domaine très riche, où l’on est en perpétuel apprentissage !
Les opportunités ne manquent pas, y compris pour changer de ville tout en restant dans ce secteur.
 

Si vous deviez résumer vos années ici avec un seul mot ?

Formatrices. J’ai vécu plusieurs vies en quatre ans.
J’aimerais par ce témoignage rappeler aux jeunes femmes qui nous lisent qu’il ne faut pas qu’elles hésitent à s’orienter vers les sciences et l’ingénierie. Ces domaines ont besoin de tous les profils, et ils offrent des carrières fantastiques.

(Message passé ! D’ailleurs, Centrale Méditerranée, avec ses 32 % de femmes sur le campus, fait partie des écoles qui se bougent sur ce sujet.)
 

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