Quand les élèves ingénieurs fabriquent de toutes pièces une fusée expérimentale
📌 Avant de commencer : une fusée expérimentale est un engin d'au moins 1,60 m, embarquant une expérience scientifique, propulsée par un moteur de 5,4 cm de diamètre.
Une idée folle devenue projet d’ingénierie
Tout commence au sein d’Astrolab, l’association d’astronomie et d’aérospatial de l’école, où Joachim Le Gouée, l'un des fondateurs du projet, entend parler du C’Space : le grand concours national de fusées expérimentales, organisé conjointement par le CNES et Planète Sciences.
Et si Centrale Méditerranée participait pour la première fois ? Une équipe d’une dizaine d’élèves se fédère autour de cette ambition. Ensemble ils créent le projet « EOS ».
Concevoir une expérience scientifique de bout en bout
L'équipe saisit vite l'enjeu : pour le CNES, la richesse de l’expérience scientifique embarquée prime. EOS choisit de mesurer la déformation des ailerons au moment de la propulsion, une problématique directement utile aux ingénieurs aérospatiaux.
Solution retenue : des jauges de déformation sur les ailerons, couplées à un réseau de résistances pour restituer la valeur réelle au décollage. Tout est fait main, de la conception à la chaîne de mesure. Heureusement, l’équipe n’est pas seule face à ce défi colossal. L'enseignant Alain Kilidjian ouvre sa salle de travaux pratiques au groupe, et Marylène Lallemand (LMA) les guide sur les techniques de calibration, de collage et le dimensionnement de la bague de reprise de poussée.
Une aventure jalonnée d’obstacles
Vient le jour de la qualification imposée par Planète Sciences et le CNES. L’équipe charge la fusée dans une voiture et file en direction de Toulouse. « C’était rocambolesque cette fusée entre les passagers, mais la fierté était là. »
Sur place, la tension monte : l’électronique ne fonctionne pas et en particulier le séquenceur, pièce maîtresse du système de sécurité, qui commande l’ouverture du parachute. Sans lui, pas de vol autorisé. Le CNES leur accorde une semaine pour tout faire fonctionner.
Et ils y arrivent !
Avec en prime un changement de parachute, quelques ajustements sur l’aileron et la trappe de déploiement. Victor, Mickael, et Quentin obtiennent finalement l’autorisation de participer à la compétition sous le regard fier de leurs proches.
Le jour du lancement
Le C’Space se déroule sur le camp militaire de Ger, près de Tarbes, un terrain de tir interdit au public en raison d’obus non explosés. C’est de là que la fusée d’EOS s’élance à plus de 800 km/h dans un bruit assourdissant. Elle atteint 1 600 mètres d’altitude, le parachute s’ouvre, et le vol est nominal, comme on dit dans le milieu (traduire « un vol parfait »).
La rigueur et la persévérance de l’équipe sont récompensées : le CNES remet à EOS le prix coup de cœur du jury.
« Les jurés ont salué une fusée à la juste dimension de son expérience, une démarche scientifique conduite de bout en bout avec nos propres moyens », se souvient Victor.
Une expérience qui transforme les parcours
Pour Shashankan Balassoupramaniane, EOS a constitué un véritable catalyseur. Il poursuit aujourd’hui un double diplôme à Politecnico di Milano, dans le domaine spatial. Victor Chanalet, lui, est en stage de recherche à l’ICTEAM de l’UC Louvain, sur le projet GLITTER, qui exploite des nanosatellites pour mesurer la Terre par réflexion du signal GPS. EOS les a transformés :
Victor Chanalet
En cours, on manipule des concepts très poussés. En construisant la fusée, nous avons réalisé qu’on était en train de passer de la théorie à la pratique.
La solidarité vécue lors du concours les a aussi marqués « Le C’Space a un air de chantier solidaire. On avance côte à côte avec d’autres écoles mais aussi CentraleSupélec, dans le prolongement des liens tissés au sein du Groupe des Écoles Centrale ».
EOS, une aventure pérenne à l’ambition grandissante
Une nouvelle promotion de première année a pris le relais du « projet fusée », et elle n'a pas tardé à entrer dans le vif du sujet : Shashankan les embarque dès leurs premiers mois au hackathon ActInSpace 2026, organisé à Toulon par le CNES et l'ESA. En 24 heures, ils imaginent un système de satellites modulaires à capteurs remplaçables en orbite et décrochent la deuxième place. Une façon de rentrer dans le projet par l’action.
« L’expérience embarquée pour le prochain C’Space sera encore plus ambitieuse : mesurer la charge électrostatique de la fusée en vol, pouvant atteindre 12 000 volts, à l’aide d’un condensateur placé sur la coiffe », explique Shashankan. Pour relever ce nouveau défi, la future fusée sera fabriquée en fibre de verre composite, ce qui évitera que la charge se dissipe à travers la peau.
Dans la trainée d’EOS d’autres initiatives émergent : un projet « planeur solaire », imprimé dans le FabLab de l’école, et des partenariats qui commencent à se consolider avec des industriels de fibres de verre, des entreprises de circuits imprimés et une mobilisation croissante des diplômés.
« La nouvelle génération reprend le projet avec passion. Ça m’a beaucoup ému », confie Shashankan.
La rampe est prête. Rendez-vous au C’Space, du 13 au 18 juillet 2026 pour le prochain compte à rebours !
L'équipe remercie chaleureusement Damien Montanier, Christophe Desgoutte, e-Gab et le FabLab pour leur aide durant le C'Space. 🚀