École

Julia Cantel et Célina Halfaoui, deux femmes de sciences au cœur du réacteur

Dans le hall de l'amphithéâtre Joule du campus de Marseille, cinq étudiants reçoivent une bourse de l'Université des Métiers du Nucléaire (UMN). Cinq candidats présentés, cinq retenus. La qualité des profils formés à l'école n'a pas échappé au jury de sélection.
Parmi les lauréats, Célina Halfaoui, 22 ans, étudiante en génie atomique. Sa marraine c’est elle : Julia Cantel, ingénieure spécialisée en sûreté nucléaire depuis seize ans, et qui travaille aujourd’hui sur la conception de réacteurs de nouvelle génération.
Deux femmes, deux générations, un même fil rouge. On vous raconte !
Image décorative

Des débuts de carrières similaires, à 16 ans d'écart

Célina Halfaoui s'apprête à démarrer son stage à la Division de l'Ingénierie et du Parc et De l’Environnement (DIPDE) d'EDF à Marseille. C'est exactement dans ce service que Julia Cantel a débuté sa carrière en 2010, en devenant ingénieure en sûreté nucléaire. Elle a ensuite poursuivi son parcours à la centrale nucléaire de Gravelines en exerçant des fonctions managériales.  Elle poursuit l’aventure en s’expatriant 5 années au Royaume-Uni, pour y suivre la construction des réacteurs EPR d'Hinkley Point C.

Julia se souvient avec enthousiasme de ces années : « J’ai beaucoup aimé mon expérience chez EDF et je suis très fière d’avoir fait partie de cette organisation ».

Partenaire historique de Centrale Méditerranée, l’entreprise soutient aussi activement le dispositif de bourses des Universités des Métiers du Nucléaire (UMN), qui distingue chaque année les élèves les plus méritants et motivés à rejoindre la filière nucléaire.

Ce mercredi 4 février 2026, Célina 22 ans, est l’une d’elles.

Deux trajectoires, une même curiosité

Julia Cantel trouve sa voie vers le nucléaire en 2008, à 21 ans. Ses stages l'emmènent sur les mines d'uranium du Colorado, dans un réacteur en démantèlement en Belgique, puis sur le site nucléaire de Marcoule. Son  étoile du Nord restera la même toute sa carrière : la sûreté nucléaire.

Célina Halfaoui, dont elle est la marraine, décrit d’abord un intérêt scientifique pour la physique qui se confirme lors de son Erasmus à Valence, dans un laboratoire de physique nucléaire, où elle travaille sur des détecteurs de rayons gamma.

image décorative

De retour en France, elle prend connaissance d’une publication LinkedIn, proposant une école d'été de deux semaines sur la sûreté nucléaire, organisée par un ancien ingénieur EDF et une association pour la transition énergétique. La photo de promotion mettait en avant les deux parrains : Xavier Michoux, correspondant UMN en région Sud et Julia Cantel dont elle admire déjà le parcours. Il n’en faut pas plus à Celina pour candidater.

L'école d'été confirme tout. La sûreté nucléaire, les enjeux de la transition, les rencontres. Célina sait désormais où elle va. Plutôt qu’une césure exploratoire, elle décide de candidater à la formation spécialisée en génie atomique à l'Institut National des Sciences et Techniques Nucléaires (INSTN), en parallèle de sa dernière année à Centrale Méditerranée et à la bourse de l’UMN.

Lors de l'entretien de sélection, on lui demande quelle femme elle admire. Elle pense directement à Julia Cantel. 
Xavier Michoux appelle la principale intéressée : « Nous lui avons demandé qui elle rêverait de rencontrer. Elle a répondu que c'était toi.»

Julia accepte tout de suite d’être sa mentore. « Avoir les conseils de quelqu'un comme cette professionnelle, déjà passée par là me donne de l'avance.» confie Célina.

Le choix de la filière nucléaire

Nous pourrions penser que seize ans de carrière changent les réponses. Pas du tout… À la question, « pourquoi le nucléaire ? » les deux femmes répondent à l’identique :

« J’ai le sentiment d'être utile pour la société. Mon travail permet de décarboner l'énergie. C'est le secteur qui va alimenter tous les autres ». Pour elles, le nucléaire est une des réponses concrètes aux enjeux climatiques de notre époque.

Portrait de Célina

C'est aussi pour ça, que Julia Cantel a rejoint Hexana en 2024. Cette start-up, issue du CEA, conçoit des réacteurs de génération IV4 à neutrons rapides refroidis au sodium. Ils sont capables de produire de la chaleur à haute température (jusqu'à 500°C) et de l'électricité, avec un système de stockage thermique qui permet une flexibilité inédite sur l'envoi d'énergie sur le réseau électrique. Julia y est responsable de la certification du réacteur nucléaire.

Julia Cantel

Concevoir un réacteur depuis zéro, c’est une opportunité qui ne se présente pas deux fois dans une vie. Aujourd'hui nous sommes 72 dans l’équipe.

Être une femme dans une centrale nucléaire, à quoi cela ressemble ?

Une jeune femme sur deux n'étudie plus les mathématiques en terminale, contre seulement un jeune homme sur quatre. Leur présence chute en sciences à mesure que l'on progresse dans les études supérieures. Dans le nucléaire, le nombre de femmes stagne autour de 24 %.

Dans la promotion de Célina Halfaoui, elles sont 9 filles pour 30 garçons. « C'est le maximum que nous n'ayons jamais eu et nous entendons que c'est formidable d'être si nombreuses. Les messages sont encourageants, mais la dynamique de promotion n'est pas la même. J'ai personnellement l'impression que l'on entend davantage les garçons, ce qui me semble tenir à deux choses à la fois : le simple fait d'être moins nombreuses, mais aussi cette tendance à s'autocensurer, à préférer le silence plutôt que de risquer de se tromper. Je ne saurais dire si ce sentiment est partagé par toutes mes camarades. »

Julia Cantel, a pour sa part traversé ces mêmes salles, ces mêmes réunions. Ce qu'elle a appris avec le temps, c'est que le premier adversaire c'est aussi soi-même. 

« Je dirais aux jeunes femmes de ne pas s'autocensurer. Ne pas se mettre des barrières toutes seules. Et ne pas viser la perfection au détriment de l'avancement. Il faut être tolérante avec soi-même. S'ouvrir à d'autres cercles, d'autres milieux, pour mieux communiquer, mieux convaincre, mieux exister dans un secteur qui a besoin d’être raconté pour être mieux compris. C’est pour cette raison que j’interviens dans différents cercles, que ce soit via le monde diplomatique, politique, lycées, collèges, à l’université de Cambridge, en passant bien sûr par les classes de maternelles ». Pour l’ingénieure, l’égalité entre les femmes et les hommes se construit dès le plus jeune âge.

image déorative

La richesse de la relation marraine-filleule

Si Célina a cité Julia Cantel lors de son entretien de sélection, ce n'est pas seulement pour son parcours professionnel exemplaire. Elle aime le fait qu’elle prenne la parole pour faire entendre son engagement.

« Elle a voyagé en équipe avec son mari et ses trois enfants, qui sont devenus bilingues. Julia est aussi la première femme de sa famille à avoir fait autant d'études. Tout comme moi  ». 

Le pair à pair permet ces parallèles qui montrent que c'est réellement possible. Par l’exemple. Et la relation va dans les deux sens. « Les personnes que je mentore m'apprennent beaucoup de choses. Elles me challengent, elles me posent des questions que je ne m'étais pas posées. » 

Pour Julia, accompagner Célina n'est pas unilatéral. C'est une relation dont elle aussi se nourrit. Elle raconte « l’autre fois une jeune femme m’a demandé : Julia comment je peux négocier mon salaire ? Je me suis mise à lui donner plein de conseils que je ne m’étais pas posés ni appliqués à moi-même », cela m’a fait réfléchir sur ma propre relation au travail. 

Ce qui frappe Julia chez Célina Halfaoui, c'est une éthique du travail qu'elle reconnaît immédiatement. La ténacité, la valeur travail, le fait de ne rien lâcher. « Elle l'a, je l'ai. » Et puis la proactivité, aller chercher sur LinkedIn une école d'été que personne ne lui avait signalée, postuler à une bourse dont elle avait entendu parler une fois seulement, aller dénicher ailleurs ce qu'elle n'avait pas autour d'elle. C'est un parcours construit et pro-actif.

Une bourse, des possibles

Le dispositif est porté par l'Université des Métiers du Nucléaire (UMN), financé par l'État et les industriels de la filière. Cette année, le CEA, EDF, Capgemini, Onet et Hexana s'associent comme partenaires des bourses attribuées aux élèves ingénieurs de Centrale Méditerranée. La bourse allie mérite académique, motivation et critères en faveur de la mixité et de l'égalité des chances.

La Fondation Centrale Méditerranée, fidèle à sa mission de soutien à la réussite des élèves, assure le déploiement opérationnel du dispositif : pré-sélection, organisation du jury, suivi des lauréats. Mais au-delà de la mécanique, c'est un engagement de fond. En portant cette deuxième édition de la bourse, la Fondation affirme sa conviction : soutenir les élèves dans leurs projets, c'est leur donner les moyens de leur réussite et de leurs ambitions.

Remise bourse UMN groupe

Célina est boursière du Crous. L’aide de l’UMN arrive à un moment charnière de son parcours. « Je ne pense pas que j'aurais pu faire les études que je fais aujourd'hui sans ces soutiens ».

C'est aussi un signal, résume Julia : « Nous avons misé sur vous. Ne nous lâchez pas. » Pour les lauréats, être sélectionnés, c'est recevoir une forme de confiance institutionnelle qui confirme un choix et qui donne de l'élan pour la suite.

Cette année, cinq candidats ont été récompensés à hauteur de 2 500 euros chacun. Aux côtés de Célina : Coralie Brouillet, Hector Armand, Julien Théodore et Victor dos Reis Rodrigues, que nous félicitons.

La relève est assurée

Dans cinq ans, Célina s'imagine au sein d'une équipe travaillant sur l'exploitation des réacteurs. Les actuels, ceux d'EDF, où elle aura posé ses premières fondations à la DIPDE.

L'étranger l'attire aussi, l'Angleterre notamment. Tout un horizon qu'elle n'aurait pas imaginé il y a encore quelques mois.

Célina le sait maintenant, c’est possible, d’autres femmes l’ont fait.

Julia Cantel

On voit tous les jours des médecins, des pompiers, des maîtresses, mais des soudeurs, des ingénieurs, des gens qui réparent, tout ça ce sont des métiers invisibles. Et puis ça fait un peu peur le terme : « ingénieur nucléaire ». C’est pourtant très épanouissant de travailler dans ce secteur et ça n’empêche pas de voyager, ni d’avoir une vie de famille.

Dans le cadre de la Semaine des Métiers du Nucléaire, qui se tient du 9 au 13 mars 2026, nous mettons en lumière les opportunités de carrière dans ce secteur stratégique et les parcours inspirants de ses élèves qui ont choisi de contribuer à l'innovation et à la recherche dans des institutions de premier plan.

À lire aussi : le portrait de Justine, ancienne élève de Centrale Méditerranée, aujourd'hui ingénieure au CEA est un autre exemple de parcours inspirant.

Sign up to the newsletter

And keep yourself informed of what concerns you based on your profile