Témoignage

Comment la recherche a conduit Camille Cunin jusqu’au MIT

De Centrale aux laboratoires du MIT, Camille Cunin a construit un parcours exigeant à l’interface des semi-conducteurs, des transistors organiques, et des neurotechnologies.
Après une thèse consacrée au développement de polymères souples pour des interfaces neuronales, elle travaille aujourd’hui chez Axoft, une startup dans la région de Boston et à deux pas du MIT, sur des dispositifs implantables visant à comprendre l’activité cérébrale. Elle revient sur les étapes qui ont façonné son parcours et sur son coup de foudre avec la recherche.
Camille Cunin en laboratoire

Un peu de sérendipité

Rien ne prédestinait Camille Cunin à partir un jour en thèse. Élève à Centrale Méditerranée, elle rejoint KSI, la junior entreprise de l’école parce qu’elle s’imagine alors évoluer dans le conseil… Elle projette ensuite un stage en Tasmanie, mais le projet n’aboutit pas. À quelques jours de son départ en mobilité, Camille n’a toujours pas de plan. Perdue, elle sollicite l’aide de son professeur Guillaume Chiavassa, qui lui trouve un stage à Boston, au sein du Tearney Lab, affilié à Harvard. Cette expérience marque un tournant.

Camille

J’étais au MGH, le grand hôpital du Massachusetts et je travaillais sur l’assemblage de capsules ingérables, reliées à une fibre optique, pour visualiser, de l’intérieur, le système digestif et améliorer le diagnostic de maladies digestives comme la maladie de Crohn. Je me suis demandée pourquoi je n’avais pas pensé à la recherche avant… Cela me correspondait si bien, sur tellement d’aspects. Je pense que ma représentation des chercheurs était très stéréotypée. Je les voyais comme des gens isolés dans leur coin, des génies bruts, capables de résoudre des problèmes sans solution. 

Initialement partie pour six mois, elle prolonge finalement son séjour jusqu’à la durée maximale autorisée par son visa. C’est aussi dans ce contexte que naît son intérêt pour le cerveau. En parallèle de son stage (comprendre les soirs et les week-ends), elle échange avec d’autres équipes de recherche et commence à s’intéresser aux maladies neurodégénératives comme Parkinson. « Je savais que le cerveau m’intéressait, mais je ne savais pas encore par quel angle aborder ce sujet ».

Lyon : tester, éliminer, choisir

De retour en France, en passant par Taïwan, Camille effectue sa mobilité inter-Centrale à Centrale Lyon. Elle y suit un double cursus : un master en bioingénierie et nanotechnologies et un master en imagerie médicale, afin d’explorer différentes approches liées aux neurosciences.

Cette expérience agit aussi comme un révélateur. « Je me suis rendu compte que ce n’était pas ce que je voulais faire. Ni l’imagerie, ni le machine learning appliqué aux techniques de diagnostics. J’avais envie de créer un nouveau dispositif pour approcher le cerveau d’une manière qui n’avait jamais été faite avant. »

Son stage de master à Gardanne, dans la salle blanche affiliée aux Mines de Saint-Étienne, lui permet de concrétiser cette intuition : elle y conçoit des implants optoélectroniques neuronaux. « J’ai réalisé que je pouvais davantage maîtriser les performances du dispositif, en travaillant l’ingénierie du matériau actif. » La thèse s’impose alors comme la suite logique de son parcours.

Camille Cunin

Le MIT : une légitimité confirmée

Après plus d’un an de préparation et de candidatures, Camille est retenue par le département de sciences et ingénierie des matériaux du MIT. À son arrivée, la qualité de sa formation lui apparaît clairement. « En termes de mathématiques, notamment, je me suis rendu compte que j’étais bien préparée. » Ce constat l’aide à surmonter un syndrome de l’imposteur tenace. « Notre formation en sciences dures, bien que généraliste, est solide. Même au MIT, j’avais ma place. » Elle obtient d’ailleurs une « fellowship » : une bourse d’excellence, en sciences et technologie de la santé, favorisant les collaborations interdisciplinaires.


Sa thèse menée sur 4 ans et demi porte sur le développement de polymères souples destinés à des interfaces neuronales basées sur des transistors organiques.
 

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Camille

Le cerveau, c’est un tissu très mou, comme de la gelée. Si on y implante un dispositif rigide en métal, les différences de rigidité créent des frictions, susceptibles d’endommager les tissus et d’induire des lésions ou une réponse inflammatoire. En utilisant des substrats en polymère souples, capables de se déformer avec le cerveau, on réduit considérablement ces effets.

De la recherche à l’application

Aujourd’hui recrutée par la start-up Axoft, une spin-off de Harvard située à deux pas du MIT, aux alentours de Boston, Camille développe des dispositifs implantables destinés à mesurer l’état de conscience de patients atteints de troubles neurologiques sévères. Ainsi, elle dépasse le stade de la démonstration pour développer un produit concret ayant un véritable impact pour les utilisateurs. « Par exemple, notre technologie permettra de mesurer l'état neurologique et la récupération de fonctions cognitives chez les patients atteints de troubles de la conscience, voire même de communiquer avec certains patients » 

Pour les élèves qui hésitent à rejoindre de grandes universités américaines, le message de Camille est clair. « Il faut une forme d’automotivation, l’envie de découvrir de nouveaux horizons, de la persévérance, et beaucoup d’autonomie. Et surtout, il ne faut pas hésiter à contacter les gens. »

On imagine volontiers que la recherche d’excellence ne se fait qu’aux États-Unis, avec des moyens sans commune mesure. Camille nuance cette perception. En neurotechnologies (son domaine) la France occupe une place reconnue à l’international, aux côtés d’autres pôles majeurs comme la Suisse et les États-Unis, avec des contributions scientifiques de premier plan dans plusieurs sous-domaines. En aéronautique ou en optique, également, des laboratoires français attirent des doctorants venus de toute l’Europe. 

Neurotechnologie

« Avec moins de ressources, on doit souvent réfléchir plus en amont, et optimiser davantage. Ce qui peut conduire à une recherche plus inventive et parfois plus impactante. »
 

Savoir c’est pouvoir

Pour celles et ceux qui rêvent des États-Unis, Camille insiste enfin sur l’importance des informations informelles. « J’ai candidaté à certains laboratoires sans savoir que l’un était réputé toxique, qu’un autre recrutait exclusivement ceux qui avaient déjà fait un stage chez eux, et qu’un troisième n’existait même plus…»  Elle encourage ainsi les étudiants à solliciter les retours d’expérience pour les aider dans leurs choix.  

Ce réflexe qu’elle a elle-même mis du temps à acquérir. C’est en osant pousser la porte de plusieurs enseignants, puis du bureau de Guillaume Chiavassa qu’elle a décroché son stage à Boston. « Il a suivi mon parcours pendant plusieurs années. Sans son soutien, je ne serai probablement pas à Boston aujourd’hui. »  

Avec le recul, elle reconnaît surtout avoir eu beaucoup de chance dans les rencontres qui ont jalonné son parcours.

Et de conclure : « Les gens sont là pour aider, il faut simplement oser leur demander ».

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