École

De l’alternance à l’ingénierie des médias : le parcours de Sithia, diplômé en 2021

À Centrale Méditerranée, les élèves ingénieurs sont formés en alternance, dès la première année et pour tous. Certains choisissent de réaliser leur cursus sous statut d'alternant en entreprise. Une voie qui leur permet de se former parmi une centaine d’entreprises partenaires de l’école et réparties dans des secteurs variés : conseil, transports, R&D, énergie, information et communication, chimie et pharmaceutique… Mais que deviennent ces jeunes une fois diplômés ? Portrait de Sithia Do Thong, aujourd’hui ingénieur intégration logiciel chez France Télévisions qui a bien voulu nous faire le récit de son parcours, des bancs de l’école jusqu’aux rédactions nationales.
Sithia portrait

Pourquoi avoir choisi l'alternance en entreprise en première année ?

À 20 ans, j'avais du mal à comprendre ce que c'était concrètement qu'être « ingénieur ». Je ressentais l'envie d'expérimenter le métier auquel je me destinais. L'alternance m’a permis de sortir rapidement de l’aspect très académique de la classe préparatoire et de me confronter, dès la première année, aux réalités du monde professionnel.

Lorsque j’étais en alternance à EDF, je découvrais par l’expérience la transformation digitale de l’ingénierie nucléaire et les processus d’une grande entreprise. Cette immersion progressive dans le métier d’ingénieur s’inscrit dans une dynamique reconnue au niveau national : comme en témoigne le classement DAUR 2025 qui place Centrale Méditerranée à la 5e place des formations d’excellence en apprentissage en 2025.

En parallèle, mon engagement dans la vie associative (au Bureau des Arts, au FOCEEN, ou comme tuteur avec la cordée de la réussite Échanges Phocéens) m’a permis de porter des projets en autonomie, sans figure d’autorité. Cette complémentarité entre alternance et engagement étudiant a largement contribué à ma construction et à mon émancipation.

FOCEEN

En quoi l’alternance constitue-t-elle un premier pas concret dans le métier d’ingénieur ?

Après trois années d’alternance en entreprise, j’avais déjà pris des responsabilités qu’un stage ne permet pas, ou pas autant. Le temps passé m’avait rendu opérationnel. Mon avis en tant qu’ingénieur était vraiment considéré par mes collègues, je faisais partie de l’équipe.

Cette double immersion, académique et professionnelle, m’a permis de comprendre très tôt ce que signifiait être ingénieur, bien au-delà des cours. Elle a confirmé mon envie de continuer dans l’innovation, sans pour autant rester dans le secteur de l’énergie. J’ai donc poursuivi avec un master en management des médias à l’ESCP, qui m’a aidé à rejoindre le service public audiovisuel.

Quel est exactement ton poste aujourd’hui chez France Télévisions ?

Je suis ingénieur référent technique sur les logiciels de production de radio pour les outre-mer. Concrètement, je m’occupe du renouvellement des outils qui permettent de fabriquer des médias : gestionnaire de rush, workflows d’envoi, montage, systèmes de diffusion à l’antenne. Je suis basé à Paris mais je me déplace deux ou trois fois par an dans les départements et régions d’outre-mer (DROM).

Nous sommes toute une équipe d’ingénieurs. Au quotidien je côtoie également des journalistes, des directeurs d’antenne, des rédacteurs en chef. L’échelle est impressionnante : France Télévisions, c’est 10 000 personnes, 24 bureaux, France 3 Régions, 9 stations outre-mer.

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Comment les compétences d’ingénieur répondent-elles à l’urgence de l’actualité ?

La radio, c’est beaucoup d’actualité chaude, avec les informations en temps réel. Quand le logiciel ne fonctionne pas, c’est une question de minutes pour le remettre en service et que le journaliste fasse son duplex. Il faut savoir gérer l’urgence de l’instantanéité. Le niveau de criticité est phénoménal. Dans ces situations, la méthode, l’analyse rapide des risques et la capacité à prioriser sont des réflexes essentiels et très ancrés chez les ingénieurs. Notre formation nous permet de déchiffrer avec pertinence les situations rencontrées, et de mettre en œuvre les solutions adaptées !

Quels sont les enjeux spécifiques en outre-mer ?

Nous anticipons de nombreux scénarios de défaillance : si un système tombe en panne, puis un autre, comment maintenir l’antenne ? Cette réflexion permanente est indispensable pour garantir la continuité de diffusion. En situation de crise, lorsqu’un habitant est coupé de l’électricité, d’internet ou d’eau, la radio reste le média privilégié pour accéder aux consignes officielles. C’est donc un média essentiel en Outre-Mer.

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Comment les nouveaux usages des médias transforment-ils ton métier ?

La consommation de télévision linéaire, telle qu’on l’a connue enfant avec toute la famille devant le même programme, tend à se restreindre à des moments très spécifiques comme un match de football. Les modes de consommation de contenus deviennent de plus en plus individuels : une personne qui regarde un contenu, sur un appareil. Sur la partie actualités, si l’on observe X (ex Twitter), le cadre de diffusion est largement dérégulé : il est possible d’acheter un badge de compte certifié et de diffuser ensuite des informations sans réel contrôle.

La question centrale devient : comment structurer et assurer la véracité de l’information ? La technologie peut nous aider à apporter du cadre, par exemple avec des filigranes de cybersécurité pour indiquer que des images ont été générées par IA. Une régulation est nécessaire, d’autant plus que les GAFAM investissent massivement ces sujets. La question de l’empreinte énergétique du numérique est également prise en compte : nos appels d’offres intègrent des critères RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) et énergétiques.

Sithia Do Thong dans les coulisses de France Télévisions

En parallèle de tout cela, demeure la question de l’audience : comment arriver à valoriser des programmes qui sont historiquement produits pour être diffusés sur des “chaînes”, afin de désormais les mettre en avant sur une pluralité de destinations : applications de replay (web, tablette, mobile), box opérateurs, TV connectées,... Là aussi, le volet technologique a toute son importance car un même contenu doit désormais se décliner : en format long, en format court, en portrait et en paysage. C’est tout le circuit de production qui évolue.

Quels sont les projets qui t’ont le plus marqué ?

Les Jeux Olympiques de 2024 ont été un vrai tournant en matière d’innovation. Toute la chaîne de production a été repensée pour garantir une diffusion continue et immersive pendant plusieurs semaines avec des standards son et images équivalents au cinéma.

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L’autre jour j’ai assisté par hasard au tournage de la bande-annonce du Téléthon avec la chanteuse Santa. Le Téléthon c’est aussi une parfaite illustration de ce qu’un média comme France Télévisions peut accomplir : 30 heures d’antenne en direct, c’est colossal. Cette liberté d’innovation, affranchie d’une contrainte de rentabilité immédiate, donne du sens au travail.

Qu’est-ce qui te plaît dans le secteur des médias ?

La richesse des métiers sans hésiter ! Dans l’ingénierie, on se retrouve souvent dans des bureaux d’études avec des collègues d’une tranche d’âge similaire et aux parcours proches du nôtre. Ici, je côtoie des ingénieurs du son, de l’image et de la lumière, des caméramans, des maquilleurs, des directeurs artistiques ou encore des décorateurs. J’ai un collègue qui, au détour d’une conversation, m’a raconté qu’il avait géré la logistique à Fort Boyard pendant des années. C’est fou ! J’aime beaucoup l’univers des plateaux. C’est un point de rencontre rare entre technique et artistique.

Un conseil pour des élèves qui hésiteraient à s'orienter vers ce secteur ?

C’est le bon moment pour se poser ces questions. Je leur dirais qu’ils ont la chance d’être dans une école généraliste qui ouvre de nombreuses portes. Ils pourront faire ce qu’ils veulent ou presque à la sortie. Pour ma part, après Centrale, j’ai fait un Master à l’ESCP en management des médias, qui m’a permis de compléter mon diplôme en un an et d’obtenir plus aisément un stage chez TF1 en Direction innovation. J’ai pu travailler sur les technologies émergentes comme l’IA et les algorithmes de recommandation. 

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Compléter avec un master dédié est intéressant pour ce secteur même si ce n’est pas obligatoire. La carte maîtresse reste la qualité du diplôme généraliste et la formation solide en sciences dispensée par Centrale Méditerranée. C’est elle qui permet ensuite d’accéder à des postes passionnants sur les technologies émergentes.

À chacun de tracer son propre parcours.

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